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Alice Miller, L’enfant sous terreur

Mardi 15 septembre 2009 - Posté par Juliette

L’enfant sous terreur est le troisième livre d’Alice Miller, paru en 1986 (résumé de l’ouvrage en cliquant sur l’image). Après avoir décrit et dénoncé ce qu’elle appelle la “pédagogie noire” dans C’est pour ton bien (1985), Alice Miller s’attaque ici à la psychanalyse, et plus précisément à la “théorie des pulsions”, popularisée à travers le très fameux “complexe d’œdipe”, expression qui est même passée dans le langage courant.
Au cours de son travail avec les patients hystériques, Freud découvre qu’à l’origine des troubles sont presque toujours des abus sexuels subis par ces patients dans leur enfance. Il en tire, en 1896, la “théorie de la séduction”. Mais, quelque temps plus tard, il revient dessus et élabore la “théorie des pulsions”: autant d’abus sexuels ne peuvent avoir lieu dans cette bonne société bourgeoise de Vienne. Les patients les auront fantasmés.
Alice Miller l’interprète comme une volonté inconsciente de Freud d’innocenter les parents, un déni des traumatismes subis dans l’enfance. De son côté, l’enfant, totalement dépendant de l’adulte, n’a pas d’autre choix que de refouler les abus qu’il subit et d’idéaliser ses parents pour survivre.
S’attaquer à l’institution que représente cette théorie freudienne était vraiment courageux de la part d’une psychanalyste. C’est la remise en cause d’un dogme indiscuté. Celui-ci sert de grille de lecture aux analystes, au détriment d’une véritable écoute du patient, au risque de passer à côté des traumatismes réellement subis dans son enfance. Tout sera interprété en termes de pulsions et ainsi le patient est renvoyé à sa culpabilité, tandis que ses parents sont épargnés (ainsi que ceux de l’analyste, par la même occasion). Sa démonstration, à mon sens, est plutôt convaincante.
J’ai été particulièrement frappée par l’idée que l’objectif de la plupart des thérapies n’est au final non pas de permettre à la personne de retrouver son moi véritable, mais de lui permettre de s’intégrer à nouveau (ou enfin) à la société. C’est-à-dire, en réalité, la faire rentrer dans le moule, dans le rang. Certes, cette personne (ré)éduquée, sera devenue un élément acceptable de la société et donc souffrira moins. Mais ce sera au prix de l’étouffement de sa personnalité et de son moi profond.

Voici quelques extraits que je partage avec vous:

Quand la vie et le soi de l’enfant ont le droit de s’épanouir, il n’y a pas besoin de direction extérieure ni d’éducation.

Nous vivons encore aujourd’hui sous une législation qui ne donne pas à l’enfant le droit de légitime défense mais qui donne à l’adulte celui de la discipline. Si un homme dans la rue piquait brusquement une crise de fureur (en se souvenant tout à coup qu’il aurait oublié quelque chose d’important, ou que son supérieur lui a fait des reproches) et, sous l’effet de cette fureur, attaquait et frappait quelqu’un d’autre, la police viendrait sur le champ l’arrêter, même si la victime de l’agression avait été assez forte pour se défendre. Mais s’il fait la même chose avec son propre enfant qui, dans son amour et sa faiblesse physique, lui est totalement livré sans défense, c’est ce qu’on appelle l’éducation et les autorités le cautionnent et même l’encouragent explicitement.

# L’enfant est toujours innocent.
# Tout enfant a des besoins inéluctables, entre autres de sécurité, d’affection, de protection, de contact, de sincérité, de chaleur et de tendresse.
# Ces besoins sont rarement satisfaits, mais ils sont souvent exploités par l’adulte à ses propres fins (traumatisme de l’abus perpétré sur l’enfant).
# L’abus que subit l’enfant a des conséquences pour toute la vie.
# La société est du côté de l’adulte et accuse l’enfant de ce qui lui a été fait.
# La réalité du sacrifice de l’enfant est toujours déniée.
# On continue donc d’ignorer les conséquences de ce sacrifice.
# L’enfant, abandonné à sa solitude par la société, n’a pas d’autre solution que de refouler le traumatisme et d’idéaliser ceux qui le lui ont infligé.
# Le refoulement engendre des névroses, des psychoses, des troubles psychosomatiques et des crimes.