Le Nouveau Monde, Little Miss Sunshine, Slevin
Jeudi 5 avril 2007 - Posté par JulietteCela fait bien longtemps que nous ne sommes pas allés au cinéma… Mais après tout, un dvd fait très bien l’affaire aussi pour un petit moment d’évasion.
Le Nouveau Monde, de Terrence Malick, m’a vraiment transportée par son lyrisme et sa poésie. La musique y fait beaucoup aussi : ouverture symphonique ou ouverture d’opéra, les cordes accompagnant les navires des colons anglais glissant sur l’eau; l’andante du concerto pour piano n° 23 de Mozart -un de mes morceaux de musique préférés-, comme thème des rencontres de John Smith et de l’Indienne Pocahontas.
John Smith, l’homme idéaliste qui rêve d’un nouveau commencement, sur cette terre où la Nature semble si généreuse, qui rêve de fonder une communauté «sur les principes du travail et l’autonomie (…), plus de propriétaires pour nous extorquer le fruit de notre labeur»; mais aussi l’homme tragique, auquel son capitaine dit: «Vous avez l’étoffe d’un meneur, Smith, mais peut-on compter sur vous?», qui ne pourra jamais se fixer et sera l’éternel explorateur, incapable d’un véritable attachement (enfin là c’est peut-être moi qui brode un peu lol).
Capturé par les Indiens, il découvre que ce qu’il pensait «être un rêve était réalité»: ils sont «doux, aimants, fidèles, dépourvus de toute fourberie, (…) ils ne connaissent pas la jalousie ni la notion de possession». C’est le paradis perdu, un thème qui touche chez moi une corde sensible, et qui me fait irrésistiblement penser à Jean Liedloff décrivant la vie chez les Indiens Yekwana.
Pocahontas, fille du chef indien, le sauve et le guide. Elle vit en dansant ou elle danse en vivant, comme une danse des cinq rythmes, dans une gestuelle très belle qui fait se rencontrer l’enfant et le pratiquant de qi gong. Elle s’offre tout entière, comme épouse à John Smith et vous savez ce qu’il répond cet imbécile: «Mais où vivrions-nous?». Il est au paradis, tandis que les Anglais restés au Fort James (quelques cahutes entourées d’une haute palissade contre leurs ennemis (?), pour construire laquelle ils ont abattu tous les arbres du périmètre…) croupissent dans la boue, la faim et les fièvres.
Pocahontas est un personnage tragique, elle-aussi, qui par amour donne les clés du paradis à ceux qui ne les méritent pas. Cela fleure aussi la tragédie grecque, une Ariane et son fil, une Pandore et sa boîte.
Un beau film donc, beau et long, sur lequel j’aurais encore plein de choses à dire.
Little Miss Sunshine, Catherine Dumonteil Kremer en parle très bien, allez voir sur son blog(edit: et là aussi, un bel article), du coup je ne développe pas. Un très beau film aussi, dans un genre très différent. Une tranche de vie familiale, un peu déjantée (la famille et la tranche de vie, lol), plutôt un road movie familial d’ailleurs. Des scènes émouvantes de tendresse et de délicatesse. J’ai aimé comme son espace est laissé à chaque personnage, non pas tant sur le plan narratif que sur le plan émotionnel. De quoi en prendre de la graine
.
Et enfin, un thriller lui aussi déjanté, et très recherché esthétiquement : Slevin, avec Bruce Willis (non, non, ne fuyez pas!
). Une histoire qui commence sur un quid pro quo, un jeune homme pris pour un autre aux prises avec deux chefs de clan ennemis, vivant reclus et s’espionnant mutuellement du haut de leur gratte-ciel new-yorkais comme deux tours d’ivoire qui se font face, une médecin légiste un peu fofolle qui mène l’enquête, des flics dépassés par les événements, un tueur à gage que personne n’a jamais vu, des dettes de jeu et des bookmakers. Tout cela dans un décor surprenant, qui évoque les seventies. Je n’en dis pas plus…
