Oriane, mon bébé, mon amour, le 11 décembre dernier tu as eu six mois. Déjà! J’avais l’intention de marquer chaque mois de ta vie par un petit mot ici, mais j’ai laissé filé le temps…
Avant même ton arrivée tu as bouleversé nos vies. Pour toi, nous avons été loin au plus profond de nous-mêmes pour abattre les murs de nos croyances, de nos préjugés, de notre ignorance. Pendant que tu préparais ton éclosion dans mon ventre, nous préparions l’éclosion de nos cœurs et nos yeux se sont petit à petit ouverts. Le regard neuf que nous avons alors jeté sur le monde, je dois te l’avouer, nous as effrayé… Pas facile d’être un tout petit humain!
Nous avons décidé d’interdire à nos mains les tapes, fessées, claques, coups; d’interdire à notre bouche les mots qui blessent, jugent, dévalorisent, emprisonnent, «caprice», «manipulatrice», «si tu n’es pas sage», «fais-ci», «fais pas ça», «tu dois», «tu ne dois pas», …; de ne t’imposer aucune séparation, qui serait pour toi abandon, tant que tu n’y seras pas prête.
Car les gestes que nous aimons sont caresses et tendresse, les mots que nous aimons, amour, confiance, joie, liberté. (Mais nos langues fourchent souvent, je le crains, car les habitudes sont tenaces…)
Alors, pour t’accueillir chez nous, chez toi, nous avons juste acheté une écharpe porte-bébé. Car il nous a semblé impossible que biberon et sucette se substituent à mon sein, que poussette et transat se substituent à nos bras.
Et puis tu es arrivée, toute chevelue, avec tes traits si fins. Tout à coup, c’est comme si tu avais toujours été là et en même temps nous ne savions pas encore qui tu étais, et nous avions tout à apprendre et encore de hauts murs à abattre. Car, pour ne pas abîmer les ailes fragiles et délicates de ta liberté, petite fée, c’est notre liberté à nous que nous avons à (re)conquérir. Et pour qu’un jour tu puisses prendre ton envol, toute légère, petit papillon, nous nous voulons le plus sûr des cocons.
Je voulais parler de tes premiers sourires, de ta curiosité pour le monde qui s’est étendue en même temps que ta vision, de ton regard pénétrant, de l’aisance que tu acquiers dans tes mouvements, de ton goût pour la musique, de tes vocalises et de tes discours, de tes premiers éclats de rire… Ton rire… Plus les jours passent et plus tu ris! Je ne me savais pas si clown!
Grâce à toi, moi, petite fille jeune femme si timide et sérieuse, j’arrive à faire le clown!
Que j’aime ton rire… j’ai les larmes aux yeux à chaque fois que je l’entends, c’est la plus belle musique du monde, «une fontaine dans le désert» comme dirait le narrateur du Petit Prince. Je ne sais pas pourquoi ça m’émeut tant…
Puisse ton rire ne jamais se tarir, ma Petite Princesse!