30avril

La confirmation

L’autre jour nous sommes allés à la confirmation de l’aîné de tes cousins. L’église était comble, mais nous étions bien placés, près du chœur, sur le côté. Pas facile de tenir en place pour une toute petite fille, tout le temps de cette loooooonnnnnnnngue cérémonie, hein? On doit rester assis puis debout puis assis puis debout puis… Mais quand même tu as trouvé de quoi passer le temps: chanter en chœur avec l’assemblée; te balader dans la travée dans le petit espace devant papa et maman; lire un livre; manger une pomme; pincer les fesses des paroissiens du rang de devant; aller voir les petites filles assises à côté; farfouiller dans un sac; téter tellement discrètement qu’on croit que tu t’es endormie dans les bras de ta maman.

Mais, même avec toutes ces activités passionnantes, le temps n’a pas suffisamment passé. Alors je t’emmène juste à côté, près de l’entrée de la sacristie. La porte en est fermée, mais on peut voir un rai de lumière en dessous. Il y a deux hautes marches pour y accéder, allez hop on y grimpe! Tu pousses la porte de toutes tes forces mais rien à faire, celle-ci ne veut pas céder. Qu’à cela ne tienne, tu descends les marches et les remontes, les descends et les remontes. Tu cours voir un cousin de tes cousins qui a tout juste onze jours de plus que toi. Lui, il ne marche pas encore, il est assis par terre. Alors tu t’accroupis devant lui, pour être à sa hauteur, lui qui est bien plus grand que toi. Je suis émue devant ta spontanéité et je pense à cette citation de Janusz Korczak:

Vous dites:
— C’est épuisant de s’occuper des enfants.
Vous avez raison.
Vous ajoutez:
— Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser.
Là, vous vous trompez. Ce n’est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d’être obligé de nous élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments.
De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre.
Pour ne pas les blesser.

J’essaierai de m’en souvenir…

Finalement voilà que la fin de la cérémonie nous surprend dos à la porte de la sacristie. Quand dans un même élan nous nous retournons vers la porte, nous sommes saisies d’étonnement: celle-ci s’est ouverte et nous sommes inondées de lumière. Je te vois hésiter à t’avancer, mais le sacristain ressemble plus à Charon le passeur des Enfers, qu’à un accueillant Saint-Pierre aux portes du Paradis. Avant que nous ayons eu le temps de dire ouf! une ribambelle galopante d’enfants de chœur en file indienne s’engouffre à toute berzingue dans la pièce illuminée, suivis de près par une troupe de prêtres en chasuble rouge, à peine moins pressés.
Que de monde! Les uns et les autres se dirigent vers la sortie, dehors, il fait déjà nuit noire.

Que retiendras-tu de tout cela? La lueur des bougies au pied de l’autel? Le parfum lourd et pénétrant de l’encens? La foule se mouvant dans une étrange chorégraphie? Peut-être ce lieu si grand et si haut qu’il y ferait presqu’aussi froid que dehors? Les adultes, eux, se rappelleront que tu as été drôlement “sage”… Ce n’est pas moi qui les détromperai, parce que sage, ça veut dire: «Qui a un art de vivre supérieur, qui peut être considéré comme un modèle». ;)

7 commentaires pour “La confirmation”

  1. griffoninne dit :

    Merci pour cette définition de sage ! ;-)
    Elle est plutôt chouette . :-)

  2. Juliette dit :

    C’est la définition du petit Robert ;) .

  3. Erika - Mamanbulle dit :

    Avec Eva nous avons dû aller une fois à l’église, elle devait avoir 15 mois… et elle préférait courir partout… alors je me suis éclipsée par la petite porte, qui était ouverte ;-) et nous avons joué toutes les deux dehors sur le perron ! J’avoue que ça m’arrangeait bien, je ne suis pas une fan des cérémonie religieuse ;-)

    Pas mal le petit robert…

    La citation de Korczak, je me la remémore souvent… qu’il a raison et que parfois je trouve la “tâche” si ardue et surtout en ce moment d’ailleurs !

    Des gros bisous à la Sage… et sa maman +++

  4. Diane dit :

    mmm que de fois avons nous été a l’eglise avec notre petit monde…; mon dieu ( c’est le cas de le dire)… j’ai passé tous ce smoemnts a rire de la spontaneité des enfants et de la betise des adutes , si choqués de voir balthazar emporter toutes les bougies sur un banc pour en faire un jardin, antonin compter le nombre de pas qui le separait de l’autel et la charmante gabrielle apprendre a marcher et se rattraper a ce qu’elle pouvait … nappe de l’autel… excellent///comme c’est long une messe… merci de ces beaux moments de tendresse.

  5. Juliette dit :

    Erika> Moi je ne suis pas catholique mais j’aime bien aller à la messe (chacun ses goûts hein? ;) ). Quand j’étais petite je trouvais ça très mystérieux et j’en ai gardé une certaine fascination, mais aussi un sentiment d’exclusion: pas baptisée, je devais rester sur mon banc pendant que tous les autres allaient chercher cette mystérieuse hostie… :(

    J’aime beaucoup le peu que je connais de Korczak, quel grand homme!

    Diane> Quelles belles histoires, quels beaux enfants! J’ai hâte de savoir ce qu’Anatole choisira comme frasque pour faire fleurir les regards outrés des paroissiens ! :D

  6. Nourra dit :

    Quel récit magnifique! j’en suis toute émue ^^

    Cette citation est très Montessorienne, elle correspond tout à fait à ma façon d’envisager l’enfance. Je ne la connaissais pas, je me pencherai sur l’oeuvre Korczak au plus vite!

    Merci de nous avoir fait partager ce moment. A très bientôt, c’est certain.

  7. Juliette dit :

    Bienvenue Nourra! :)
    Je suis très touchée par ton commentaire!
    A très bientôt, je l’espère :) !

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