La confirmation
Dimanche 25 novembre 2007 - Posté par JulietteL’autre jour nous sommes allés à la confirmation de l’aîné de tes cousins. L’église était comble, mais nous étions bien placés, près du chœur, sur le côté. Pas facile de tenir en place pour une toute petite fille, tout le temps de cette loooooonnnnnnnngue cérémonie, hein? On doit rester assis puis debout puis assis puis debout puis… Mais quand même tu as trouvé de quoi passer le temps: chanter en chœur avec l’assemblée; te balader dans la travée dans le petit espace devant papa et maman; lire un livre; manger une pomme; pincer les fesses des paroissiens du rang de devant; aller voir les petites filles assises à côté; farfouiller dans un sac; téter tellement discrètement qu’on croit que tu t’es endormie dans les bras de ta maman.
Mais, même avec toutes ces activités passionnantes, le temps n’a pas suffisamment passé. Alors je t’emmène juste à côté, près de l’entrée de la sacristie. La porte en est fermée, mais on peut voir un rai de lumière en dessous. Il y a deux hautes marches pour y accéder, allez hop on y grimpe! Tu pousses la porte de toutes tes forces mais rien à faire, celle-ci ne veut pas céder. Qu’à cela ne tienne, tu descends les marches et les remontes, les descends et les remontes. Tu cours voir un cousin de tes cousins qui a tout juste onze jours de plus que toi. Lui, il ne marche pas encore, il est assis par terre. Alors tu t’accroupis devant lui, pour être à sa hauteur, lui qui est bien plus grand que toi. Je suis émue devant ta spontanéité et je pense à cette citation de Janusz Korczak:
Vous dites:
— C’est épuisant de s’occuper des enfants.
Vous avez raison.
Vous ajoutez:
— Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser.
Là, vous vous trompez. Ce n’est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d’être obligé de nous élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments.
De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre.
Pour ne pas les blesser.
J’essaierai de m’en souvenir…
Finalement voilà que la fin de la cérémonie nous surprend dos à la porte de la sacristie. Quand dans un même élan nous nous retournons vers la porte, nous sommes saisies d’étonnement: celle-ci s’est ouverte et nous sommes inondées de lumière. Je te vois hésiter à t’avancer, mais le sacristain ressemble plus à Charon le passeur des Enfers, qu’à un accueillant Saint-Pierre aux portes du Paradis. Avant que nous ayons eu le temps de dire ouf! une ribambelle galopante d’enfants de chœur en file indienne s’engouffre à toute berzingue dans la pièce illuminée, suivis de près par une troupe de prêtres en chasuble rouge, à peine moins pressés.
Que de monde! Les uns et les autres se dirigent vers la sortie, dehors, il fait déjà nuit noire.
Que retiendras-tu de tout cela? La lueur des bougies au pied de l’autel? Le parfum lourd et pénétrant de l’encens? La foule se mouvant dans une étrange chorégraphie? Peut-être ce lieu si grand et si haut qu’il y ferait presqu’aussi froid que dehors? Les adultes, eux, se rappelleront que tu as été drôlement “sage”… Ce n’est pas moi qui les détromperai, parce que sage, ça veut dire: «Qui a un art de vivre supérieur, qui peut être considéré comme un modèle».








