30avril

Je m’exprime!

Une série, que je regardais l’autre jour à la télé, montrait une scène banale de la vie familiale, un petit-déjeuner, je crois. La famille en question apparaît un peu comme «idéale» dans sa normalité : des sœurs qui se chamaillent, des parents attentifs, gentils, « éclairés », qui se disputent un peu mais pas trop, qui ont la juste dose de sévérité, etc. Et tout à coup quelque chose m’a frappé : la manière la plus courante de ces parents de s’adresser à leurs enfants était l’ordre: «Finis tes céréales, dépêche-toi, va t’habiller, ne parle pas sur ce ton…». Rien de plus «normal», quoi. Mais, ça m’est apparu, tout à coup, complètement incongru, absurde et abusif.
De quel droit donnerais-je des ordres à mes enfants? Parce que je suis mère, détentrice de l’autorité parentale? Je ne me sens aucune supériorité par rapport à l’enfant, et encore moins celui que j’ai désiré, conçu, porté, enfanté. J’ai voulu mettre au monde un être pour pouvoir le chérir et le laisser grandir en liberté, et non exercer un pouvoir sur lui et me venger de mon impuissance passée et actuelle.
Plus les jours passent, plus il me paraît inacceptable qu’on veuille me faire endosser le rôle du chef, tandis que mon enfant me devrait soumission et obéissance. En fait, je n’ai pas envie de jouer un rôle tout court. Je crois, qu’en tant que mère, j’ai certaines fonctions, comme celles de nourrir mon enfant, de répondre à ses besoins et de le protéger, jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin de moi. Et, vraiment, je ne vois pas en quoi ça implique un mode de relation hiérarchique.

Je pense à cette expression, «enfant-roi», et je suis frappée d’y voir, une fois de plus, le reflet de cette culture anti-enfant dans laquelle nous vivons. Celle où le rapport de force est la règle, où l’adulte n’a manifestement pas honte de l’exercer sur plus petit et plus faible que soi. Et là où l’enfant est «roi», c’est juste que ce rapport s’est (en apparence) inversé.

À propos d’inversion, je pense aussi à cette phrase que j’ai entendue plusieurs fois: «Mais laissez ce bébé s’exprimer!», vous savez, quand votre bébé pleure et que vous vous précipitez pour le consoler. Cette phrase - qui est la version manipulatoire du fameux et terrible «laissez-le pleurer» - qui fait passer celui qui la dit pour le défenseur de la liberté d’expression enfantine, et vous pour celui qui l’étouffe. Comme si un tout-petit n’avait que les pleurs pour s’exprimer et non, toute une gamme de signaux d’alerte. Les pleurs n’en sont que les derniers stades, quand tous les autres signaux n’ont pas reçu de réponse adéquate (voire ont été totalement ignorés). Et puis donc, un bébé pleure pour s’exprimer, un peu comme un peintre qui peint pour s’exprimer, ou un poète qui écrit des poèmes? Je trouve ça vraiment bizarre comme idée… j’en suis sûre: quand mon bébé pleure, c’est qu’il me dit que quelque chose ne va pas et me demande d’y remédier. Bref, je ne sais pas s’il «s’exprime», mais en tout cas il exprime quelque chose, il communique avec son entourage.

Et tant pis si tout ça paraît farfelu à certains! ;)

Les yeux qui pétillent

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5 commentaires pour “Je m’exprime!”

  1. raye dit :

    entièrement d’accord…. pas fastoche si on a des horaires… mais a mediter et a instaurer de tte urgence….

  2. Mamanbulle dit :

    Je suis tout à fait ok avec toi… Et pourtant, en ce moment, alors qu’Eva est je dirai dans sa phase “je m’affirme”, j’ai tendance à lui “ordonner”. Et en le faisant, je sais que c’est idiot parce que de toutes façons son developpement actuel ne lui permet pas d’intégrer l’odre, et puis parce que comme toi, je ne veux pas un enfant qui m’obéit…

    Petit à petit je me sens rentrer en rapport de force avec Eva… et cela me terrifie. Une fois que la machine infernale se met en route, je trouve très ardu d’en sortir. Je vois que je reproduis encore et encore ce que j’ai reçu :-(

    Bises

  3. Juliette dit :

    raye> je ne suis pas sûre d’avoir compris le lien avec les horaires? tu veux dire que quand on est contraint par des horaires (et 4 enfants ;) ) c’est difficile de ne pas rentrer dans un rapport de force avec ses enfants?
    Bisous

    Mamanbulle> oui, c’est sûr pour l’instant avec Oriane qui n’a que 9 mois, c’est encore facile. Et puis vivre sans rapport de force mais plutôt dans la collaboration c’est difficile même avec les autres adultes. Le tout à mon avis est de choisir sa posture, le parentage respectueux, et de se laisser être créatif pour trouver d’autres solutions que l’usage de la force et l’abus de pouvoir. Pas facile quand il faut remettre en cause en profondeur ce qu’on a reçu, comme tu le dis…

  4. Mamanbulle dit :

    Non, Juliette, en effet pas facile.
    Comme tu le dis, être sur un mode “coopératif” plutot que de rapport de force, c’est dur même avec des adultes !
    Autour de moi, de nous je pense, tout est rapport de force. Et même à l’école ! Faut être le meilleur, le plus beau, le plus fort, avoir la + grande maison, la + belle voiture, être le plus intelligent, le + …

    Avec Eva ça a commencé a devenir dur vers ses 1 ans. Eva est du genre très speed et super dévergondée… A 4 mois elle traversait toute la maison à 4 pattes et à 9 mois elle courrait bien ancrée sur ses jambes et escaladait tout et partout… C’est trop mignon et on rigolait bien. Mais en même temps, c’est épuisant et pfouuuuuuuu … Fini la tranquilité ! Vive les angoisses, les “Non pas ça”…

    Là tout à l’heure, Eva a décidé d’aider son papa a peindre les murs de la chambre… Seulement les deux mains ds le pot de peinture… Y en a plus parterre que sur le mur, et même le mur en lambris y a eu le droit… et son dos en se frottant dessus… Difficile de garder son calme, sa bonne humeur et de lâcher prise lol… Mais ns ns en sommes sortis !

  5. lolo dit :

    je viens te répondre ici, car cet article me parrait être sorti des mêmes expériences ! La photo est magnifique.

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